Une Une loi contre la fessée, mais pourquoi donc ?

Lors d’une soirée, j’ai entendu un papa exprimer son mécontentement : « Dire qu’on ne pénalise pas pour des actes de délinquance et que nous allons aller en prison pour avoir donné une fessée à notre enfant ! Où va le monde ? » Et si justement, cette loi nous permettait d’aller vers un monde meilleur ?

Alors, pourquoi une loi contre les châtiments corporels  ?

Parce que si nous voulons éradiquer la violence dans ce monde, il faut commencer par élever nos enfants sans violence.

Alice Miller établie le lien de cause à effet entre les violences subies pendant l’enfance et la violence exprimée à l’âge adulte :

« L’opinion publique est loin d’avoir pris conscience que ce qui arrivait à l’enfant dans les premières années de sa vie se répercutait inévitablement sur l’ensemble de la société, et que la psychose, la drogue et la criminalité étaient des expressions codées des expériences de la petite enfance. » Extrait de  « C’est pour ton bien » (1980)                                                      

Dans cet ouvrage, on découvre ainsi l’enfance de Christiane F, droguée, prostituée, d’un jeune infanticide allemand et celle d’Adolphe Hitler.  Aujourd’hui, on sait aussi que les terroristes tels que Mohammed Merah, les frères Kouachi ont vécu une enfance violente.

Certains diront « J’ai été battu, j’ai reçu des fessés, j’ai été humilié et je ne suis ni drogué, ni criminel, ni terroriste ! »  Et heureusement ! Cela fait des millénaires que nous élevons nos enfants dans la violence éducative, si nous devenions tous criminels, il y a bien longtemps qu’il n’y aurait plus d’humain sur Terre ! « Toutes les victimes ne deviennent pas bourreaux. Mais tous les bourreaux ont été victimes. », nous dit Alice Miler, elle l’explique en parlant des personnes secourables :

« Il est intéressant que dans les enfances de tous ces dictateurs, comme aussi dans ceux des criminels en série, on ne trouve pas de personnes que j’appelle « les témoins secourables » Il s’agit de personnes que presque chacun de nous connaît, quelqu’un qui nous a aimé, qui nous a donné un peu de chaleur, un peu de confiance en nous. Grâce à la présence d’une telle personne (même très passagère), nous pouvions développer l’espoir de trouver l’amour dans notre vie. Mais si une telle personne ne partage jamais la vie de l’enfant en le réconfortant, celui-ci ne connaîtra que la violence. Il la glorifiera et la perpétuera. »

Parce que les dernières recherches ne neurosciences montrent les effets néfastes des humiliations, physiques ou morales sur le cerveau de l’enfant.

Le docteur Catherine Gueguen l’explique dans son livre « Pour une enfance heureuse »

https://youtu.be/oJzBvmzibD4

Parce qu’aujourd’hui, en France, 2 enfants meurent par jour sous les coups de leurs parents. En comparaison, en Suède, pays où les châtiments corporels sont explicitement interdits depuis 1979, 3 enfants meurent par an sous les coups de leurs parents…Ça se passe de commentaire… (Source : INSERM)

L’objectif d’une loi contre la fessée n’est pas d’envoyer les parents en prison, mais des les aider à faire autrement. Les parents sont souvent démunis face aux comportements de leurs enfants. Certains comportements les font sortir de leurs gonds, une montée de stress, cortisol et adrénaline au plafond, et BAM, la fessée est partie ! Il existe des solutions alternatives aux fessées et punitions. Une loi contre la fessée, permettrait d’informer les parents sur les effets des violences éducatives ordinaires et d’accompagner les parents vers une parentalité plus respectueuse de l’enfant.

Le gouvernement vient de publier le Le-livret-des-parents, dans lequel il recommande une éducation non-violente. Sommes-nous sur la bonne voie ?

2 réflexions sur “Une Une loi contre la fessée, mais pourquoi donc ?

  1. ADAM

    Je suis d’accord sur le principe, bien évidemment ! Sauf que la notion de bienveillance éducative sous-entend qu’il y a une malveillance éducative. Je vois de nombreux parents pressurisés de tous les côtés qui subissent eux-mêmes une grande violence sociale et qui font ce qu’ils peuvent avec qu’ils sont. Je ne dis pas qu’on ne peut pas mieux faire, je dis juste qu’il faut être prudent pour ne pas stigmatiser les parents, les éducateurs, les enseignants et tous ceux qui s’occupent d’enfants au quotidien. Ce genre de notion mal comprise fait des dégâts, je l’ai déjà constaté !

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    • Merci pour votre commentaire. Je suis d’accord avec votre point de vue sur le terme de bienveillance éducative, c’est comme la parentalité positive qui sous-entendrait qu’il y ait une parentalité négative? Je préfère parler de la parentalité créative (qui représente vraiment ma vision de la parentalité, celle de Catherine Dumonteil Kremer). Les termes de bienveillance éducative et parentalité positive sont plus communs, je les utilise fréquemment.

      Aujourd’hui, les neurosciences prouvent les dégâts des violences éducatives ordinaires (qui se glissent partout, sans que l’on s’en apperçoive), et on peut faire autrement. Mais, les parents, enseignants, éducateurs, ne sont généralement pas formés à la parentalité créative, d’où la nécessité de les accompagner (mon rôle). 🙂 Je ne souhaite pas les stigmatiser.

      Je pense comprendre ce que vous voulez dire, avec la pressurisation des parents. Le syndrome du parent parfait, qui se perd parfois dans cette parentalité sans violence. ça peut être très culpabilisant et déstabilisant quand on prend conscience de tout ça. En même temps, je trouve très intéressant qu’un parent soit en questionnement, qu’il s’interroge sur sa parentalité, c’est le début d’un cheminement et une prise de conscience de certains automatismes.

      De mon côté, je n’ai constaté aucun dégâts, mais comme vous parlez de « notions mal comprises », c’est peut-être pour ça 😉

      Belle soirée,
      Clémentine

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