L’accouchement, ah… si j’avais su !

belly-1616246_1920.jpg

Cet article est très personnel, mais je crois que mon témoignage pourrait aider d’autres mamans et futures mamans. Si j’avais pu lire mon propre post 10 ans plus tôt, ça aurait changé beaucoup de choses…

Aujourd’hui, cela fait 10 ans que je suis devenue maman pour la première fois, j’avais 23 ans et ma vie allait être bouleversée. J’avais bien suivi mes cours de préparation à l’accouchement, il était clair pour moi que je serai une « bonne élève », l’équipe médicale savait, moi, j’étais juste passive, j’avais juste à appliquer tout ce qu’on allait me demander de faire pour accoucher convenablement (et ça ne me posait pas de problème). Je pensais m’être renseignée sur le sujet, j’avais lu Laurence Pernoud, il n’y avait pas 36 manières d’accoucher. La péridurale ? Bien sûr j’allais la demander, elle a été inventée pour ne pas avoir mal, pourquoi la refuser ???

La veille, je m’étais rendue, toute guillerette, à mon rendez-vous du 9ième mois. Mon col était bien fermé, mais à l’échographie, mon gynécologue me dit qu’il n’y a plus suffisamment de liquide amniotique. On va devoir me déclencher. Je n’ai pas à m’inquiéter, car on est 37SA, le bébé peut naître. Je demande si on peut attendre une journée de plus, car mon mari n’était pas disponbible ce jour-là. Il me dit « Oui, mais on prend le risque que le bébé soit mort demain ! ». Ok, je comprends que c’est quand même un peu urgent et le stress commence à monter. Je dois aller voir l’anesthésite, car je n’avais pas fait ma visite. Je suis toute tremblante, elle est plutôt rassurante. Je vais faire mes prises analyses de sang, un monitoring pour savoir si le bébé va bien et si je peux rentrer chez moi pour aller chercher ma valise. C’est ok, je rentre chez moi, et j’appelle ma mère qui rentre de sa maison de vacances pour m’accompagner à la clinique. Mon mari arrivera le soir.

J’arrive à la clinique dans l’après-midi, on m’explique comment se passe un déclenchement. On va me poser un gel de prostaglandine qui devrait faire maturer le col, ensuite, si ce n’est pas suffisant, on me posera une perfusion d’ocytocine qui déclenche des contractions très fortes, souvent très douloureuses, la péridurale est indispensable. Si ça ne fonctionne pas, au bout de 48h, ou si le rythme cardiaque du bébé diminue, ça sera une césarienne.

doppler-ultrasound-381363_1920

Le gel de prostaglandine est posé en fin d’après-midi et je ressens mes premières contractions vers minuit, lorsque je suis dans la baignoire, avec luminothérapie. L’étudiante sage-femme qui me suit, me propose à ce moment-là, de m’administrer un anti-douleur puissant (à base de morphine je crois), pour me soulager. C’est la première erreur…

L’anti-douleur me permet de dormir. A mon réveil, je ne suis pas bien du tout, j’ai la tête qui tourne, beaucoup d’étourdissements. L’étudiante sage femme refait ses calculs pour savoir si elle ne s’est pas trompée dans le dosage, car mon état n’est pas « normal ». Mon col a commencé à s’ouvrir. L’étudiante sage-femme n’arrive cependant pas à me faire de toucher vaginal correctement. C’est extrêmement douloureux, elle s’y prend à plusieurs reprises pour appeler, finalement, la sage-femme qui est beaucoup plus délicate. On me met sous perfusion d’ocytocine.

A 6h du matin, on me transfère en salle de naissance. L’anesthésiste est prêt pour la péridurale. Mais pas moi. Ma tête tourne trop, je ne peux pas tenir assise. Je demande si je peux juste, m’allonger, après ce transfert, le temps de reprendre mes esprits et m’asseoir ensuite. L’anesthésiste râle, puis dit qu’il va me faire la péridurale allongée. Il me fait toutes les piqûres, mais n’arrive pas à poser la péridurale dans cette position et me demande, de façon désagréable de m’asseoir. Ce qui est possible, car comme je l’avais dit avant, j’avais juste besoin de m’allonger un peu pour retrouver mes esprits. Je ne me sens pas respectée, ce qui me dépossède encore un peu plus de mon accouchement. Deuxième erreur, ne pas prendre le temps d’écouter la patiente (ce qui lui aurait fait gagner du temps au final…)

syringe-866552_1920L’anesthésiste est stressé, car mes analyses de sang de la veille révèlent un nombre de plaquettes beaucoup trop faible, et les analyses du matin sont pires.

La péridurale me soulage, mais, les contractions s’espacent. Vers 12h, je commence à ressentir mes jambes, les contractions sont très rapprochées. Je suis prête à accoucher. Le gynécologue n’est pas tout à fait prêt. J’explique à la sage-femme que je commence à ressentir les douleurs, et lui demande si je dois redemander une dose de péri ou pas. Elle me dit que c’est à moi de choisir. Bon, je n’avais pas fait le rapprochement entre la péridurale et l’espacements des contractions, je n’avais aucune notion des effets de la péridurale sur le bébé, bref, je n’avais pas envie de souffrir, j’ai donc demandé une autre dose… La troisième grosse erreur.

Les contractions s’espacent, l’acharnement commence. L’obstétricien m’explique tout, avant de faire quoi que ce soit. Il demande aux sages-femmes de m’appuyer sur le ventre pour faire descendre le bébé entre les contractions. C’est douloureux, elles s’appuient très fort à plusieurs reprises. Il me dit, d’un ton désolé, qu’il va devoir utiliser les spatules pour aider le bébé à sortir, et qu’il va, de ce fait devoir faire une épisiotomie. Je lui dit oui, ça ne me pose pas de problème. J’ai une grande épisiotomie, mais je n’ai rien senti.  Mon fils nait. Nous sommes heureux, il est posé sur mon ventre, et là, les malaises reprennent. Je demande à ce que quelqu’un le prenne, car j’ai peur de m’évanouir et de le faire tomber de la table d’accouchement. Il part faire du peau à peau avec son père. Moi, je suis mal, on rappelle l’anesthésiste, on me met sous oxygène.  L’obstétricien recoud le plus vite possible l’épisiotomie, avec des points très serrés, à cause de mon taux de plaquettes trop bas. Il me faut plusieurs heures pour retrouver mes esprits.

doctor-840127_1920

L’allaitement se passe plutôt bien, mon bébé pleure beaucoup. Avant de partir de la clinique, mon épisiotomie me fait énormément souffrir. Une infirmière me propose de défaire un point pour me soulager. J’accepte GROSSE ERREUR !!! Sur le moment c’est un soulagement, mais les douleurs sont de plus en plus fortes. Le lendemain, ce n’est plus supportable, je retourne à la clinique pour voir mon gynécologue. Il ne comprend pas cette infirmière. Il me dit qu’il fait des points en surjet, que si on enlève un point, tout part. Donc j’ai une partie de mon épisiotomie qui est ouverte. C’est pour ça que j’ai si mal. Il me dit que ça va se remettre tout seul, et j’ai des soins infirmiers pendant 15 jours. J’étais allongée presque tout le temps, tellement la douleur était forte.

Mon bébé a pleuré pendant 2mois1/2. Personne ne savait pourquoi, il pleurait dans les bras, en promenade, dans la voiture, partout, dès qu’il était réveillé et qu’il ne tétait pas.

J’ai accouché en aout 2007, en mai 2008, mon épisiotomie était toujours très douloureuse. Je suis retournée voir mon gynécologue qui m’a dit qu’elle avait mal cicatrisé (formé une boutonnière, c’est comme lorsqu’on décale nos boutons, et qu’on met lundi avec mardi). J’ai du être opérée pour refaire mon épisiotomie. Heureusement, ce n’était pas très douloureux, et elle a vite cicatrisée, normalement.

Alors pourquoi je vous raconte tout ça ? Pas pour me faire plaindre, il y a des accouchements bien pires… Mais parce que je pense que si j’avais été mieux informée, ça aurait pu se passer beaucoup mieux…

1- L’anti-douleur, il m’a été proposé alors que je n’avais rien demandé. Je n’ai pas demandé les conséquences. J’aurai pu continuer sans. Mais au pire, même si j’avais accepté, ça aurait pu être arrangé ensuite

2- J’aurai pu m’affirmer devant l’anesthésiste, et dire que « non, là, j’avais besoin de m’allonger 1 minute, que je savais que ça allait passer ».

3- J’aurai pu m’informer sur les effets de la péridurale. Si j’avais su que ça pouvait ralentir le travail, je n’aurai pas demandé une autre dose. Si le travail n’avait pas été ralenti, je n’aurai probablement pas eu besoin que les sages-femmes s’appuient de tout leur poids sur mon ventre et que le gynécologue utilise les spatules, donc pas d’épisiotomie, ou beaucoup plus petite.

4- Si j’avais connu l’existence de points en surjet, j’aurai pu demander à l’infirmière si elle était sûr que c’était possible de m’enlever un point, de demander au gynécologue son avis. (Bon, là, je pense que c’est quand même à l’infirmière de savoir ça, mais si j’avais lu un article comme celui que j’écris aujourd’hui, j’aurai demandé l’avis du gynéco)

5- Si j’avais eu plus confiance ne moi, et plus d’informations, je n’aurai pas attendu 9 mois pour retourner voir mon gynécologue et lui parler des douleurs de mon épisiotomie.

baby-1681181_1920Pour la petite histoire, mon deuxième accouchement a été ultra rapide. 1h30 entre la première contraction et la naissance. Mon bébé est né 45min après notre arrivée à la clinique. Je n’ai pas eu le temps d’avoir la péridurale. Je n’y étais pas préparée, c’était très douloureux, mais merveilleux ! Mon troisième accouchement aurait pu être un remake du premier. Déclenchent pour manque de liquide amniotique avant terme. Mais cette fois, ça a été rapide. Le gel de prostaglandine a suffi. 3h seulement. J’ai demandé la péridurale, j’ai senti que ça avait ralenti le travail, mais je sentais tout, et j’ai pu accoucher relativement rapidement. Pas d’épisiotomie pour mon deuxième et troisième accouchement.

Entre temps, je me suis formée à l’accompagnement à la parentalité, je me suis documentée sur les accouchements, la péridurale, etc. Pour un quatrième accouchement, ça serait sans péridurale, un accouchement physiologique, dans la mesure du possible.


Quelques ressources pour s’informer, et surtout, faire ses choix en conscience :

Il y a énormément d’informations sur internet, voici un site et quelque livres, je vous laisse aussi faire vos recherches par vous-même.

http://naturellemaman.com

« Elever son enfant autrement » Catherine Dumonteil Kremer (j’ai beaucoup appris sur la partie grossesse, les préparations à l’accouchement, les témoignages)

« Césariennes: Questions, effets, enjeux. » Michel Odent

« Intimes naissances. Choisir d’accoucher à la maison » Juliette et Cécile Collonge

3 réflexions sur “L’accouchement, ah… si j’avais su !

  1. Annie

    Votre histoire est vraiment désolante. C’est une suite d’événements malheureux avec des gens pas très professionnels . Je suis triste pour vous. Mais je pense que c’est loin d’être une chose que l’on rencontre souvent.
    J’ai 62 ans et j’ai eu 3 enfants.
    Même si autrefois les « maisons de naissance » n’existaient pas, je n’ai pas de mauvais souvenirs de mes accouchements sans péridurale ! J’en parle à mes amies de mon âge qui parle comme moi.
    C’est vrai qu’il faut être bien préparé et surtout bien entouré, mais dommage que par votre expérience malheureuse vous preniez le risque de faire peur aux futures mamans, alors que la plupart du temps ce n’est que du bonheur.
    Une dernière chose : je sais aussi que l’accouchement à la maison est parfois encouragé. Je pense sincèrement que c’est un gros risque à prendre, alors que l’on peut facilement accoucher en maison de naissance et si tout va bien, rentrer le jour même.
    J’avais envie de vous donner mon ressenti sur tout cela.

    J'aime

    • Bonjour Annie,
      je vous remercie pour votre commentaire et le partage de votre ressenti. C’est quelque chose que j’apprécie énormément.

      J’ai envie de vous en faire un retour, qui peut-être précisera le message que je voulais faire passer.

      je ne suis pas triste de mon accouchement. Il fait parti de mon histoire et me permet aujourd’hui d’en tirer une expérience. Je n’en veux pas au personnel médical, chacun a fait ce qui lui semblait le mieux (à l’exception de l’anesthésiste que je n’avais pas trouvé agréable du tout).

      Je ne crois pas faire peur aux futures mamans. Je n’ai eu aucun retours en ce sens, depuis 10 ans que je raconte mon histoire. Pourquoi? Parce que justement j’aurai pu éviter certaines choses. Le but de mon partage est d’encourager à s’informer. Car, clairement, si j’avais entendu cette histoire, je me serai informée et j’aurai pu être actrice de mon accouchement qui aurait pris une tournure certainement différente.

      Je n’encourage ni avec, ni sans péridurale, ni accouchement à domicile, ni à l’hôpital. J’encourage à s’informer et à faire ses choix en conscience. 🙂 Selon moi, chaque choix se respecte (qu’ils soient en accord avec les miens ou non, là n’est pas la question 😉 ).
      Petite précision pour l’accouchement à domicile : J’entends vos inquiétudes, en même temps, j’ai envie de vous donner quelques informations. Les sages-femmes n’acceptent pas de pratiquer un accouchement à domicile si la grossesse est à risque. Même lorsque tout va bien, elles demandent à la maman de s’inscrire dans une maternité, et lorsqu’elles jugent que c’est nécéssaire, elles font partir les parents, en cours de travail, à la maternité.

      J’espère avoir été un peu plus proche du message que je souhaite faire passer. Ce n’est pas toujours facile par écrit.

      Je vous souhaite une belle journée

      Clémentine

      J'aime

  2. Lansel

    Bonjour,
    Je tiens à réagir au commentaire d’Annie. J’ai moi-même connu un accouchement très difficile et pourtant j’avais été à toutes les prépararations possibles en matière d’accouchement et d’allaitement. Je ne me suis pas sentie respectée durant tout l’accouchement. Le témoignage de Clémentine n’est pas pour faire peur aux futures mamans mais pour leur donner envie de s’informer plus et encore plus. Faire prendre conscience aux futures mamans que c’est elle qui décide pour elle et leur enfant …Il s’agit de leur corps.

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s